Peut-on philosopher avec l'Intelligence Artificielle?
Telle était la question posée lors de l'atelier sur l'IA qui a eu lieu en décembre dernier. Il a toutefois pris une autre tournure, l’axe philosophique s’est mué en un échange pour aiguiser notre esprit critique sur les conséquences de l'IA.
Ce moment fut riche en échanges, et pour vous donner une idée des thèmes abordés, de ce qu'on peut faire avec des IA génératives, vous trouverez ci-dessous une série d'onglets :
- L'IA au rapport! Article soumis à la rédaction de Sous Les Arcades (revue locale du Monflanquinois).
- L'IA, un monstre au milliard de tentacules. Texte original qui n'a subit aucune modification de l'IA.
- L'Intelligence Artificielle : Révolution, Défis et Expérimentations. Texte original qui a entièrement été modifié par l'IA.
L'IA utilisé pour modifier ce dernier texte est Gemini, assistant conversationnel développé par Google qui a répondu à la requête de reformuler le texte original.
Lors de l'atelier du mercredi 14 janvier, nous avons sollicité d'autres assistants conversationnels ( ChatGPT, Mistral, DeepSeek,...) en leur demandant de reformuler des textes proposés par les participants.
La prochaine séance sera axée sur les créations et modifications d'images.
Que vous puissiez ou non participer à ces ateliers, si le sujet vous intéresse voici une sélection bibliographique.
Enfin, si vous n'avez pas le temps de lire mais beaucoup pour voir et/ou écouter, voici quelques liens de vidéos et de podcasts qui vous donneront peut-être envie de lire quelques ouvrages de la sélection.
Avec les pour :
Avec les contre :
Et un podcast beaucoup plus court avec Anne Alombert et Éric Sadin, ici.
L’IA au rapport!
Le 30 novembre 2022, le lancement de ChatGPT premier générateur d’intelligence artificielle est un point de bascule dans l’histoire de nos sociétés. Une machine est dorénavant capable de générer du langage grâce à une simple instruction, remplaçant l’être humain dans ses capacités intellectuelles et créatives.
Alan Turing et John McCarthy se partagent la paternité de l’intelligence artificielle. Turing dans son livre Les machines intelligentes aborde le concept des ordinateurs qui pourront imiter l’esprit humain et McCarthy invente l’expression lors d’un séminaire en 1956 (il vient de créer un algorithme d'évaluation jouant un rôle majeur dans la programmation en intelligence artificielle, notamment utilisé par la grande majorité des programmes d'échecs.
Grande accélération au tournant des années 2000, le web 2.0 et le big data ont permis l’exploitation massives de données d’où une avancée majeure dans le développement des IA génératives.
Avant toute chose, il ne faut pas oublier que l’utilisation des IA a de lourdes conséquences sur l’environnement. La consommation exponentielle des ressources planétaires par les technologies numériques est très bien documentée par Guillaume Pitron (L'enfer numérique) ou Fabien Lebrun (Barbarie numérique).
L’IA, dans notre quotidien depuis quelques années, nous assiste à travers les moteurs de recherches, les smartphones, les objets connectés. Les différents algorithmes permettent à la machine d’orienter, de sélectionner ce qui nous intéresse, ce que nous pouvons ou devons voir, connaître et acheter.
Une véritable révolution se fait avec l’arrivée pour le grand public des grands modèles de langage et leur représentation anthropomorphique. Elles nous assistent en générant des productions écrites, visuelles et sonores.
Dans le domaine de la santé, si les avancées médicales sont indéniables, la vision techno solutionniste d’auteurs comme Laurent Alexandre — qui imagine une IA remplaçant une partie du personnel médical — interroge notre rapport au soin.
L’IA dans le cadre du travail et de l’emploi est un sujet majeur de société. La sélection des candidats augmente le risque de passer à côté de personnes très compétentes. Cet outil n’est pas en mesure de considérer la façon d’être du postulant et il n’y a plus la surprise de la rencontre de l'inattendu qui fait la différence.
Côté création, l’industrie culturelle va certes s’en emparer, mais on peut espérer que les artistes talentueux seront moins impactés. La créativité est propre à l’humanité, l’IA ne génère que ce qui a déjà été fait, ne crée pas ex-nihilo. Dans leur ouvrage Les ruines de Paris, Yves Marchand et Romain Meffre montrent les “possibilités offertes par l'intelligence artificielle pour fantasmer un Paris abandonné”. Rappel de leur travail sur la désertification de Détroit, ils projettent un monde sans humanité, oscillant entre romantisme gothique et rappel brutal de nos fragilités contemporaines. Ils démontrent que l’IA crée ce qu’on lui demande de créer.
Le gain de temps est souvent avancé comme argument positif de l’utilisation des IA génératives, mais le gain de temps pour qui? Si l’IA fait tout que nous reste-t-il à faire?
Si les recruteurs, les enseignants et les traducteurs confient l'analyse et la production à des algorithmes, tandis que les candidats ou les élèves utilisent ces mêmes outils pour rédiger, nous tendons vers un paradoxe : un monde où les IA finissent par communiquer principalement entre elles. Dans ce circuit fermé, que devient l’authenticité de nos échanges et notre rapport à l'autre ?
Comme pour toutes avancées techniques, il n’y aura pas de retour en arrière sur cette technologie. Pléthore de questions se posent : que fait-on maintenant avec ça? Quelles mesures prendre pour que cet outil soit au service de l’intérêt général? Faut-il laisser les experts qui sont juges et parties orienter les grandes décisions ou faut-il donner plus de place aux chercheurs qui ont une expertise et aux citoyens qui ont l’expertise de leur expérience d’utilisateur? Faut-il s’en remettre au législateur ou s’emparer de la jurisprudence?
Comment faire en sorte que l’école, les bibliothèques, les associations culturelles ou d’éducation populaire soient des remparts au déclassement et que l’IA soit au service de l'intelligence collective?
Les réflexions initiées lors de notre atelier de décembre 2025 trouvent un écho profond dans les travaux de deux philosophes : Éric Sadin (Le désert de nous-mêmes) et Anne Alombert (De la bêtise artificielle). Ces ouvrages, qui explorent les réponses et les nouvelles problématiques soulevées par l'IA, sont disponibles à l'emprunt à la Réseauthèque. Vous pouvez également retrouver une bibliographie sur notre site internet, sous l'onglet « À découvrir », rubrique « Liste des sélections », sélection "IA".
Nous vous donnons rendez-vous pour la suite de ce cycle le mercredi 14 janvier. Après un temps de bilan sur nos premiers échanges, nous entrerons dans une phase pratique d'expérimentation en questionnant les IA génératives sur leur capacité à rêver, rire, ou exercer leur esprit critique. On se demandera, comme Philip K.Dick l’a fait pour les androïdes, si les IA rêvent de moutons électriques…
Ces ateliers sont en accès libre, gratuits et sans inscription préalable. Que vous souhaitiez soutenir ces avancées, les contester ou simplement enrichir le débat de votre point de vue, vous êtes les bienvenus.
NB : Des parties de ce texte ont été modifiées par une IA. Saurez-vous repérer lesquelles? Réponse sur notre site internet!
L’IA, un “monstre” aux milliards de tentacules
Le 30 novembre 2022, le lancement de ChatGPT premier générateur d’intelligence artificielle est un point de bascule dans l’histoire de nos sociétés. Une machine est dorénavant capable de générer du langage grâce à une simple instruction, remplaçant l’être humain dans ses capacités intellectuelles et créatives.
Alan Turing et John McCarthy se partagent la paternité de l’intelligence artificielle. Turing dans son livre Les machines intelligentes aborde le concept des ordinateurs qui pourront imiter l’esprit humain et McCarthy invente l’expression lors d’un séminaire en 1956 alors qu’il vient de créer un algorithme d'évaluation jouant un rôle majeur dans la programmation en intelligence artificielle, notamment utilisé par la grande majorité des programmes d'échecs.
Grande accélération au tournant des années 2000, le web 2.0 et le big data ont permis l’exploitation massives de données et ainsi permettre une avancée majeure dans le développement des IA génératives.
Avant toute chose, il ne faut pas oublier que l’utilisation des IA a de lourdes conséquences sur l’environnement. La consommation exponentielle des ressources planétaires par les technologies numériques est très bien documentée par Guillaume Pitron (L'enfer numérique) ou Fabien Lebrun (Barbarie numérique).
L’intelligence artificielle, dans notre quotidien depuis quelques années, nous assiste à travers les moteurs de recherches, les smartphones, les objets connectés. Les différents algorithmes permettent à la machine d’orienter, de sélectionner ce qui nous intéresse, ce que nous pouvons ou devons voir, connaître et acheter.
Une véritable révolution se fait avec l’arrivée pour le grand public des grands modèles de langage et leur représentation anthropomorphique. Elles nous assistent en générant des productions écrites, visuelles et sonores.
Dans le domaine de la santé, si les avancées médicales sont indéniables, la vision techno solutionniste d’auteurs comme Laurent Alexandre — qui imagine une IA remplaçant une partie du personnel médical — interroge notre rapport au soin.
L’IA dans le cadre du travail et de l’emploi est un sujet majeur de société. La sélection des candidats augmente le risque de passer à côté de personnes très compétentes. Cet outil n’est pas en mesure de considérer la façon d’être du postulant et il n’y a plus la surprise de la rencontre de l'inattendu qui fait la différence.
Côté création, l’industrie culturelle va certes s’en emparer, mais on peut espérer que les artistes talentueux seront moins impactés. La créativité est propre à l’humanité, l’IA ne génère que ce qui a déjà été fait, ne crée pas ex-nihilo. Dans leur ouvrage Les ruines de Paris, Yves Marchand et Romain Meffre montrent les “possibilités offertes par l'intelligence artificielle pour fantasmer un Paris abandonné”. Rappel de leur travail sur la désertification de Détroit, ils projettent un monde sans humanité, oscillant entre romantisme gothique et rappel brutal de nos fragilités contemporaines. Ils démontrent que l’IA crée ce qu’on lui demande de créer.
Le gain de temps est souvent avancé comme argument positif de l’utilisation des IA génératives, mais le gain de temps pour qui? Si l’IA fait tout que nous reste-t-il à faire?
Si les candidatures sont sélectionnées non plus par l’employeur, si les dissertations sont corrigées non plus par l'enseignant, si les traductions sont traduites non plus par le traducteur mais par une IA, et si chacun peut aussi s’appuyer sur une IA générative pour rédiger une lettre de motivation, faire une dissertation, une traduction, alors les IA ne communiquent plus qu’entre elles. Que reste-t-il de notre relation à l’autre?
Comme pour toutes avancées techniques, il n’y aura pas de retour en arrière sur cette technologie. Pléthore de questions se posent : que fait-on maintenant avec ça? Quelles mesures prendre pour que cet outil soit au service de l’intérêt général? Faut-il laisser les experts qui sont juges et parties orienter les grandes décisions ou faut-il donner plus de place aux chercheurs qui ont une expertise et aux citoyens qui ont l’expertise de leur expérience d’utilisateur? Faut-il s’en remettre au législateur ou s’emparer de la jurisprudence?
Comment faire en sorte que l’école, les bibliothèques, les associations culturelles ou d’éducation populaire soient des remparts au déclassement et que l’IA soit au service de l'intelligence collective?
Voici les thèmes abordés lors de l'atelier sur l’Intelligence artificielle programmé en décembre 2025. Une grande partie des questions abordées pendant ce temps d’échanges, trouvent des réponses et soulèvent d’autres problématiques que vous trouverez dans les écrits de deux philosophes : Le désert de nous-même d'Éric Sadin et De la bêtise artificielle d’Anne Alombert. Les ouvrages référencés dans cet article peuvent être consultés et empruntés à la Réseauthèque. Une sélection sur ce thème est en ligne sur le site internet dans l’onglet “A découvrir”/ “Liste des sélections” / “IA”
Pour l’atelier du mercredi 14 janvier, après un débriefing, nous allons passer à la phase d’expérimentation des IA génératives en les questionnant sur leur capacité à rêver, rire, ou exercer leur esprit critique.
On se demandera, comme Philip K.Dick l’a fait pour les androïdes, si les IA rêvent de moutons électriques…
L’entrée à ces ateliers est libre, gratuite et sans inscription, tout le monde est bienvenu pour alimenter le débat, apporter l’approbation et/ou la contradiction.
L'Intelligence Artificielle : Révolution, Défis et Expérimentations.
Le 30 novembre 2022 a marqué un tournant historique avec le lancement de ChatGPT. Pour la première fois, une machine devenait capable de simuler le langage humain et d’exécuter des tâches intellectuelles complexes sur simple commande. Mais cette "révolution" ne sort pas de nulle part.
De la genèse aux enjeux actuels
Si l'IA trouve ses racines dans les travaux d’Alan Turing et les théories de John McCarthy dès 1956, c'est l'explosion du Web 2.0 et du Big Data dans les années 2000 qui a propulsé les capacités des algorithmes. Aujourd'hui, l'IA est partout : dans nos poches, nos recherches et nos choix de consommation.
Pourtant, cette omniprésence interroge :
L'impact environnemental : Le coût écologique du numérique est massif, comme le rappellent Guillaume Pitron et Fabien Lebrun.
Le travail et la santé : De la sélection automatisée des CV au remplacement potentiel des soignants (théorie de Laurent Alexandre), l’IA risque de gommer l’imprévisibilité et l’empathie humaine.
La création artistique : Si des artistes comme Marchand et Meffre utilisent l'IA pour explorer des mondes désertés, ils nous rappellent que la machine ne crée pas ex nihilo : elle ne fait que recombiner ce que l’humain a déjà produit.
Vers une société de robots qui se parlent ?
Le gain de temps promis par l'IA soulève une question existentielle : si les machines rédigent, corrigent et traduisent à notre place, que restera-t-il de nos interactions réelles ? Sommes-nous condamnés à un dialogue de sourds entre algorithmes ?
Face à cette technologie irréversible, le débat est ouvert : faut-il laisser les décisions aux seuls experts ou inclure les citoyens dans la régulation ? Comment faire de l'IA un outil au service de l'intelligence collective plutôt qu'un moteur de déclassement social ?
📅 Prochain rendez-vous : Atelier Expérimental
Suite à notre atelier de décembre 2025, nous vous invitons à poursuivre la réflexion. Pour approfondir ces sujets, nous vous recommandons les ouvrages d'Éric Sadin (Le désert de nous-mêmes) et d'Anne Alombert (De la bêtise artificielle), disponibles à la Réseauthèque.
Le mercredi 14 janvier, nous passerons à la pratique. Ensemble, nous testerons les limites des IA génératives :
Peuvent-elles rire ou faire preuve d'esprit critique ?
"Les IA rêvent-elles de moutons électriques", comme s'interrogeait Philip K. Dick ?
Infos pratiques :
Entrée libre et gratuite (sans inscription).
Ouvert à tous : curieux, enthousiastes ou sceptiques.
Retrouvez notre sélection thématique "IA" sur le site internet, onglet "À découvrir".
