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Nés à près de 30 ans d’intervalle au sein des quatre cantons, Roger Bissière (1886 – 1964) à Villeréal, Fernand Pouillon (1912 - 1986) à Cancon, ces deux artistes  ont connu des parcours parsemés de quelques similitudes. La dernière, qui nous concerne directement, tient dans le fait d’avoir été choisis pour baptiser les médiathèques de leur ville natale.

Si cette coïncidence finale signe un hommage posthume, il en est deux autres qui ont étrangement marqué leur jeunesse. Leurs familles quitteront Cancon et Villeréal pour s’installer dans des villes portuaires : Marseille pour les Pouillon, Bordeaux pour les Bissière. Tous les deux seront également diplômés de l’Ecole des Beaux-Arts, Bissière s’oriente vers la peinture et Pouillon choisit l’architecture.

Des débuts dans la vingtaine

Après une première exposition en 1910, à 22 ans, Roger Bissière commence sa carrière en tant que critique d’art. Reconnu pour son esprit critique et ses connaissances techniques, il enseigne à l’académie Ranson. Il passe de la peinture à la sculpture, s'adonne à la réalisation de fresques et à la création de tentures. Il pratique également la gravure et la lithographie. Il réalise aussi les vitraux de la cathédrale de Metz. Il passe ensuite d’un art figuratif à un art non-figuratif, refusant que son travail soit associé à de l’art abstrait. “Je n’ai cessé de répéter que si j’étais non-figuratif, je me refusais absolument à être abstrait: pour moi, un tableau n’est valable que s’il a une valeur humaine, s’il suggère quelque chose et s’il reflète le monde dans lequel je vis.” (Extrait d’une lettre de R. Bissière à Georges Boudaille).

Paysage, 1918, Huile sur toile, 58 x 45 cm

 Vénus blanche, 1946, Huile sur toile, 110 x 76 cm

 

 

 

 

 

 

 

Fernand Pouillon, quant à lui, construit son premier immeuble à 22 ans, en 1934 à Aix-en-Provence. Avec la reconstruction du vieux port à Marseille et la nécessité de réduire les coûts, Pouillon met en place son “système” : bureau de coordination, association d’artistes, invention de procédés de construction et la création de dispositifs agréables pour les habitants (perspectives pour donner un sentiment d’espace, intimité des lieux, isolation phonique). Le “système Pouillon” atteint son apogée à Aix en Provence avec un nouveau projet : la construction de deux cents logements en deux cents jours pour deux cents mille francs. Suite à cet exploit, il réalise de grands ensembles comme Climat de France en Algérie (4000 logements) et la Résidence Le Parc en France (3000 logements). “Voilà comment naquit Meudon-la-Forêt, la cité heureuse, l’un des rares grands ensembles où la vie soit encore gaie, où les humbles sont traités en rois.” (Mémoire d’un architecte, Fernand Pouillon)

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La créativité à l’épreuve de l’isolement

Ils ont tous les deux cinquante ans quand ils se retrouvent isolés du monde. Bissière, volontairement, pendant la Seconde Guerre Mondiale, Pouillon condamné à de la prison dans les années 60.

Dès 1939, Bissière se replie dans sa maison familiale à Boissierette sur la commune de Marminiac dans le Lot. Pendant cette période de sidération, il incube émotions, idées, sentiments qui généreront ses créations futures. En manque de peinture, il se lance dans la fabrication de tentures récupérant tous types de matériaux, de tissus usés qu’il assemble en véritables tableaux. Sa femme Mousse coudra grossièrement, aux points de croix, les formes qui font surgir les couleurs.

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En 1961, Pouillon est condamné à quatre ans de prison. En 1955, afin de contourner la législation ne permetttant pas à un architecte d’être le promoteur de ses œuvres, il crée le Comptoir National du Logement, une structure commerciale et juridique. Une gestion peu orthodoxe et des associés peu scrupuleux vont mettre cette entreprise en faillite. Pouillon est alors condamné pour abus des biens sociaux, fausse déclaration de libération de parts et de déclaration notariée mensongère. Il mettra à profit ses années de détention pour écrire un roman Pierres Sauvages.

Le temps de la reconnaissance : la Biennale de Venise

En 1951, lors d’une exposition à la galerie Jeanne Buchet, Bissière vend les deux tiers des cinquante tableaux mis en vente à un prix très bas. Des amateurs peuvent ainsi les acquérir et l’artiste atteint alors une renommée internationale. Il faudra attendre le 20 juin 1964, soit quelques mois avant sa mort, pour que Bissière remporte une mention d’honneur en raison “de l’importance historique et artistique de son œuvre” à la Biennale de Venise.

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Le travail de Pouillon est reconnu très vite de par les nombreux chantiers qu’il réalise mais il se sent mésestimé par son pays. Amnistié en 1971 par Georges Pompidou, réintégré à l’ordre national des architectes français en 1978, un hommage lui sera rendu lors de l’exposition internationale de l’architecture, à la Biennale de Venise en 1982 sur le thème de l’architecture dans les pays islamiques.

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L’ancrage final : Marminiac (Lot) et Belcastel (Aveyron)

Roger Bissière meurt le 2 décembre 1964 à Boissiérette et sera enterré aux côtés de sa femme sur cette propriété. En 1965, son fils Louttre B. restaure la chapelle et s’occupe de sa décoration : deux des vitraux sont réalisés à partir de cartons de Roger Bissière et un fac similé du Christ y est exposé. Dans les bois et les champs de ce domaine, Louttre B a érigé des sculptures monumentales ainsi qu’un jardin de pierres dressées. La Villa Dominique trouve son origine dans un projet d’étude mené par sa fille Dominique.

Pierres dressées

 

 

 

 

 

En 1973, Fernand Pouillon achète les ruines du château de Belcastel. Il fait ouvrir une carrière de pierres à proximité afin de restaurer le château et lui rendre le plus fidèlement possible son état d’origine. Lui, son équipe de maçons et de maîtres verriers décident de n’utiliser pour la restauration que des techniques anciennes de construction médiévale. Belcastel restera la résidence privée de Pouillon jusqu’à sa mort le 24 juillet 1986.

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Les médiathèques de Cancon et Villeréal doivent leur nom grâce à ces deux artistes locaux, il vous reste à proposer ceux qui baptiseront celles de Castillonnès et Monflanquin! 

 

Sélection Roger Bissière 

 

Sélection Fernand Pouillon